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Commentaires lors d’un événement Janvier 20 à l’Sénat français

22 janvier 2014

Palais du Luxembourg, Salle Clemenceau
Le 20 janvier 2014

Mesdames et Messieurs les sénateurs, Chers collègues, Mesdames et Messieurs,

Avant tout, je tiens à remercier les organisateurs de ce Colloque pour l’invitation et la possibilité d’échanger d’expériences et d’opinions sur le thème « L’impact humanitaire des armes nucléaires ».

C’est un grand honneur pour moi de représenter mon pays, la République du Kazakhstan, devant cette honorable assemblée.

Comme vous le savez certainement, il y a plus de 22 ans, au tout début de son indépendance, le Kazakhstan a renoncé de son propre gré au 4ème arsenal nucléaire du monde qui comptait 110 missiles et 1200 ogives. Celui-ci était supérieur à l’ensemble des stocks français, britannique et chinois.

En échange, le Kazakhstan a obtenu des garanties internationales de sécurité de la part des cinq puissances nucléaires.

Le Kazakhstan a été l’un des premiers Etats de l’espace postsoviétique qui s’est joint au Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires. En 1996, le pays il est devenu participant au Traité sur l’interdiction complète des essais nucléaires. Dix ans plus tard, en septembre 2006, conjointement avec nos quatre voisins régionaux, nous avons signé le Traité portant création d’une zone exempte d’armes nucléaires en Asie centrale, appelé Traité de Semipalatinsk en raison de la ville du Kazakhstan où il a été conclu.

La clôture, le 29 août 1991, du polygone de Semipalatinsk a été le premier et, jusqu’ici, l’unique interdiction complète des essais nucléaires dans le monde. C’est pourquoi il est tout à fait légitime qu’en réponse à l’initiative du Président Nazarbaïev, la date du 29 août a été proclamée par les Nations Unies comme le Jour international des actions contre les essais nucléaires.

L’obligation de non-prolifération la plus importante souscrite par les parties du Traité de Semipalatinsk est de ne pas autoriser le stationnement d’armes nucléaires sur leurs territoires. Dans le cadre de ce Traité, le terme «stationnement» s’entend de l’implantation, la mise en place, le stockage, l’entreposage, l’installation et le déploiement. Les autres Etats ne sont pas autorisés non plus à procéder à des explosions nucléaires expérimentales sur un lieu sous la juridiction ou le contrôle d’un Etat partie.

La plupart des autres obligations sont les mêmes que celles contractées en vertu du TNP, à savoir ne pas acquérir ou contrôler des armes nucléaires ou d’autres dispositifs nucléaires.

Le Traité de Semipalatinsk confirme le droit d’utiliser l’énergie nucléaire à des fins pacifiques. Afin d’éviter que cette énergie ne soit détournée de fins pacifiques pour fabriquer des armes nucléaires ou d’autres dispositifs explosifs nucléaires, les signataires sont tenus d’accepter des mesures de vérifications, les garanties généralisées gérées par l’AIEA.

Ces garanties s’appliquent aux activités nucléaires de tous les Etats non dotés d’armes nucléaires parties au TNP, mais les Etats de la zone exempte d’armes nucléaires en Asie centrale se sont également engagés à adhérer au Protocole additionnel qui renforce les garanties.

Mesdames et Messieurs,

Le Kazakhstan considère la sûreté nucléaire comme un ensemble de trois composantes :
-    Premièrement, l’aspect politico-militaire consiste en protection de l’humanité du danger des armes nucléaires.
-    Deuxièmement, il s’agit de contrer le terrorisme nucléaire potentiel.
-    Troisièmement, c’est la sûreté de l’énergie nucléaire.

Sur la première question, la position du Kazakhstan demeure inchangée: l’objectif historique est d’aller vers un monde dénucléarisé.
Heureusement, jusqu’à présent, le monde n’a pas affronté le problème du terrorisme nucléaire. Mais nous ne sommes guère à l’abri de cette menace.

Le Kazakhstan est le premier producteur mondial du minerai d’uranium et a tenu des consultations avec les Etats-Unis, l’Union européenne et les Nations Unies en vue d’héberger sur son sol la première Banque de combustible nucléaire de la communauté internationale.
Ce projet se ferait sous l’égide de l’AIEA avec laquelle les négociations sont en cours. Le Kazakhstan pourrait être retenu notamment en raison de sa stabilité et de sa politique internationale en matière de non-prolifération nucléaire.

Afin de dissiper toute crainte de prolifération nucléaire, il convient de souligner qu’il s’agirait d’une réserve internationale en cas d’urgence, lorsqu’un pays ne peut plus s’approvisionner chez son fournisseur habituel pour des raisons politiques.

Il ne s’agirait en aucun cas d’une source permanente de carburant nucléaire mais d’un mécanisme pour garantir l’approvisionnement international et éviter ainsi le marché noir, participant de ce fait au renforcement de la sécurité internationale. L’hypothèse de l’arrivée de déchets nucléaires dans notre pays doit également être écartée, de même que la menace terroriste puisqu’il s’agirait uniquement d’uranium faiblement enrichi.
Plusieurs pays et organisations, tels que les Etats-Unis ou l’Union européenne, ont déjà proposé de contribuer au financement de cette banque de combustible nucléaire à hauteur de plusieurs millions d’euros.

Mesdames et Messieurs,

En 2011, lors de la 66ème session de l’Assemblée Générale de Nations Unies, le Kazakhstan a proposé d’élaborer une Déclaration universelle du monde dénucléarisé qui refléterait la volonté de tous les Etats de progresser vers un monde non-nucléaire. Nous sommes conscients qu’à ce jour l’adoption d’une telle déclaration ne serait pas facile.

En 2012, Astana accueillait la Conférence internationale «De l’interdiction des essais nucléaires vers un monde dénucléarisé». C’est là que le Président Nazarbaïev a annoncé le lancement d’une nouvelle initiative internationale dite Projet «ATOM» (Abolish Testing: Our Mission).
Le projet ATOM est une campagne internationale qui vise à faire plus que susciter la prise de conscience sur les ravages humains et environnementaux provoqués par les essais d’armes nucléaires.

Le projet ATOM vise à entraîner des changements concrets et durables avec la participation des millions de citoyens de la planète pour arrêter définitivement les essais d’armes nucléaires en se regroupant afin de prouver aux dirigeants des pays du monde entier que l’humanité mérite et exige un monde dénucléarisé.

Je saisis cette occasion pour vous inviter à participer au dialogue en ligne et vous demander à signer sans tarder cette pétition sur le site www.theatomproject.org
Ensemble nous pouvons arrêter définitivement les essais d’armes nucléaires et sécuriser davantage notre monde pour nous et les générations futures.

Mesdames et Messieurs,
Chers amis,

En guise de conclusion, je voudrais citer le message d’avertissement à l’humanité qui a été inscrit, il y a une soixantaine d’années, dans le Manifeste Russell-Einstein dont les valeurs restent aujourd’hui pertinentes: «Les gens ont du mal à s’imaginer que c’est eux-mêmes, leurs enfants et petits-enfants qui sont en danger, et non pas seulement une humanité confusément perçue. Ils ont du mal à appréhender qu’eux-mêmes et ceux qu’ils aiment sont en danger immédiat de mourir au terme d’une longue agonie. Les personnalités les plus autorisées sont unanimes à dire qu’une guerre au cours de laquelle seraient utilisées des bombes H pourrait fort bien marquer la fin de la race humaine».
Aujourd’hui, il faut user toutes les ressources de l’humanité afin d’empêcher l’utilisation possible de l’arme nucléaire, de rappeler à toute l’humanité des conséquences de son utilisation, de développer de nouveaux concepts d’interaction des communautés humaines, de ne pas permettre à l’humanité de satisfaire sa tendance immanente à l’autodestruction.
Par son action, le Kazakhstan, membre fiable et responsable de la communauté internationale, a démontré son attachement ferme au renforcement de la non-prolifération et de la sécurité globale. De ce fait, nous considérons que notre pays a le droit moral d’occuper un siège au sein du Conseil de sécurité des Nations Unies en tant que membre non permanent. Notre candidature a été déposée pour la période 2017-2018 et nous espérons que les Etats que vous représentez, la soutiendront.

Je vous remercie de votre attention!